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16/01/2014

Allons z'enfants...

   En complément à la longue publication des carnets de guerre de mon grand-père, et avant que commencent les commémorations du début de la "grande" guerre, je voudrais vous faire goûter quelques textes piochés dans l'excellent livre "Le dictionnaire de la bêtise" de Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière.
Dans le rubrique consacrée au mot "mourir", on trouve des avis écrits par des philosophes/sociologues/militaires hauts gradés/écrivains, etc, bref, des personnes qui peuvent parler d'une façon très détachée, voire poétique, de la viandes des autres, sachant que leurs propres tripes n'auront pas à affronter les éclats d'obus ou les baïonnettes.


Figurez-vous que l'on trouve encore de nos jours ce genre de donneurs de leçon...

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"Mourir pour le Pays n'est pas un triste sort
C'est s'immortaliser par une belle mort."
Pierre Corneille. Le CID.1636


"Qui pourrait douter que la mort trouvée dans les combats n'ait de grands privilèges?"
Joseph de Maistre. Les soirées de St Pétersbourg.1821.


"La mort à la guerre, c'est la plus poétique, la plus belle, la plus souhaitée. Là, en pleine nature, dans l'air frais, grisés par l'enthousiasme, par les sons des marches et par les clairons, enivrés jusqu'au plus profond de l' être par l'ardeur de la poudre et de la fumée, pleins d'orgueil et d'amour-propre, fiers de tomber sous les plis du drapeau de la Patrie, de cette grande Patrie qui renferme tout ce qu'il y a pour nous de plus cher au monde, vous recevez en pleine poitrine une balle et sans même un râle vous expirez, contents d'avoir servi votre pays, la terre de vos aïeux."
Filadelf Gorilla. L'homme, singe dégénéré. 1893.


"Mourir en héros pour une noble cause, alors qu'on se croyait voué à une existence monotone et vide, est une destinée enviable"
Gustave Le Bon.Enseignement psychologique de la guerre. 1916.


"La guerre au front, c'est l'action utile, c'est la vie, au pis aller c'est l'immortalité."
Gaston de Pawlowski. La baïonnette. 1916.

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05/01/2014

Carnet de guerre (9) arrivée au fort

 


C'est la captivité.

Le respect entre jeunes soldats "ennemis" est remarquable.

On peut noter que les allemands savaient décapiter un village par la neutralisation du Maire et du Curé. Le troisième personnage important, l'instituteur, avait dû être mobilisé...

---------------------------------- Suite et fin

 

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nous faudrait passer la journée du lendemain sans manger davantage. Malgré que le sommeil fusse long à venir je m’endormis après avoir longtemps réfléchi, mais ne m’attendant pas à passer une nuit si terrible, plus terrible on peut dire que les moments les plus périlleux que nous avions vécus le jour de la bataille. La première partie de la nuit fut calme, mais vers minuit un grave évènement qui aurait pu avoir pour nous les suites les plus fâcheuses, nous surprit tous. Tout le monde était plongé dans un sommeil de plomb. Voilà que soudain, de violentes détonations nous réveillèrent en sursaut, des gerbes de feu jaillissaient de l’obscurité, ce qui nous glaçait de terreur. Je ne saurais décrire la panique qui se produisit en ce moment. Etre ainsi réveillés en sursaut d’une façon si effrayante, étant encore endormis à moitié et ne pouvant comprendre ce qui se passait, tout le monde cru que notre dernier moment était arrivé. Les uns tentèrent de fuir, car les portes de l’église étaient grandes ouvertes, mais ils tombèrent sur les baïonnettes des sentinelles qui n’auraient pas raillé ( ?) en la

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 situation présente ; les autres se bousculaient et piétinaient leurs camarades qui avaient été surpris pendant leur sommeil ; nous vécûmes en ces instants des minutes terribles et angoissantes. Vu la violence des détonations tout le monde eut la même idée. Nous crûmes que les français avaient repris l’avantage et que c’était notre artillerie qui bombardait le village. Instinctivement, chacun s’était abrité la tête avec des chaises afin de se préserver des projectiles, mais on s’attendait à chaque instant à ce que l’église s’écroulat sur nous. Enfin les coups de feu se firent moins nombreux et finirent par cesser, alors je me hasardais à lever la tête. Je vis des allemands effarés, arpentant l’église à grands pas et poussant de véritables hurlements. Les officiers le sabre à une main et le révolver à l’autre étaient particulièrement menaçants. Ils nous disaient de nous coucher et de ne pas bouger, mais comment les comprendre ? Beaucoup d’entre nous qui étaient debout furent mis en joue, mais heureusement on ne leur tira pas dessus. Par bonheur, le capitaine qui avait une très forte voix finit par dominer le tumulte, il nous dit de nous coucher au plus vite et surtout de ne pas

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 bouger quoi qu’il arrive, celui qui ferait un mouvement serait fusillé sur le champ ; c’est ce qui arriva. Le maire qui voulut tenter de s’évader fut tué de deux coups de révolver. Enfin le vacarme s’apaisa quelque peu, alors le lieutenant allemand donna des détails à notre capitaine qui lui s’empressa de nous transmettre afin de nous rassurer ; voilà ce qui s’était passé. La population belge avait attaqué les sentinelles allemandes qui étaient à l’entrée de l’église ; celles-ci répondirent aux coups de feu de leurs assaillants ; puis, les gardiens que nous avions à l’intérieur virent au fond de la nef par les vitraux, des ombres au dehors qui escaladaient la muraille, ces sentinelles tirèrent également ; ce fut ces coups de feu tirés à l’intérieur qui nous firent croire à l’explosion de quelques obus, car leurs détonations étaient formidable. Le capitaine ajouta que n’ayant rien fait il ne nous serait fait aucun mal, par conséquent nous n’avions plus rien à craindre, mais les autres civils qui étaient prisonniers devaient être exécutés le lendemain matin pour

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 donner l’exemple et aussitôt que le maire fut tué, ils allèrent chercher le curé comme otage afin que la population ne recommençât pas. Lorsque l’ordre fut complètement rétabli, les allemands nous firent signe que nous pouvions nous relever et nous assoir. Le reste de la nuit fut tranquille, mais nous restâmes émotionnés jusqu’au jour, des choses semblables sont bien pour agir sur l’esprit ( ?). Le matin de cette deuxième journée on nous donna un autre quart de café, puis une soupe vers midi, enfin on nous distribua un peu de pain noir. Vers trois heures on nous distribua une autre portion de pain, mais nous devions la conserver car c’était pour le voyage. Le soir nous quittâmes Ochamps et cette église où nous avions passé des moments si pénibles. Nous avions 6 km pour aller jusqu’à Libramont où nous devions nous embarquer pour l’ Allemagne, nous y arrivâmes à la tombée du jour. On ne nous embarqua pas sitôt arrivés, car le train n’était pas prêt. Les gardiens qui nous avaient conduits rentrèrent le soir même à Ochamps pour aller y rejoindre la ligne de feu. Nous au –

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 -rions préféré qu’ils nous accompagnent jusqu’en Allemagne car depuis deux jours que nous les avions, pas un ne nous avait brutalisé, c’était des soldats raisonnables. Avant de partir, comme ils mangèrent un peu, ils partagèrent leur pain avec nous et nous tendirent la main en nous quittant. Enfin dans la nuit, on reçut l’ordre de nous embarquer, nous étions une soixantaine dans le même wagon, aussi il nous était presque impossible de faire un mouvement ; peu de temps après le train nous embarquait vers des contrées inconnues nous ignorions dans quelle (illis) se trouvait la forteresse où on devait nous enfermer. Le voyage fut plutôt monotone. De temps à autre dans les gares on nous ouvrait les portières, alors on nous faisait passer quelques provisions, quelques quarts de café, de petits morceaux de pain sur lesquels on se jetait tel une troupe de lions affamés et que l’on dévorait avec la même voracité. Par deux fois on nous fit descendre et nous prîmes un petit repas, dans une grande gare également la croix rouge

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 nous distribua à chacun une saucisse fumée. Nous restâmes ainsi dans le train deux jours et trois nuits. Lorsque le train s’arrêta vers deux heures de la nuit, on nous appris que nous étions arrivés. Tout le monde était satisfait, car le train nous avait affaiblis davantage, aussi lorsque nous descendîmes (on nous fit attendre jusqu’au jour pour cela) nos forces étaient bien petites. Là on nous apprit que la ville où nous étions descendus s’appelait Ingolstadt, mais nous ne restions pas là, la forteresse où nous devions être enfermés se trouvait à 10 kilomètres. La route fut très pénible pour nous, nous avion faim, la chaleur était très forte ; de plus nous étions très affaiblis ; après deux heures et demie de fatigue nous arrivâmes au fort Prinzt Carl où devait avoir lieu notre détention ; c’était le jeudi 27 août. Là nous devions y vivre de longs jours d’ennui et de tristesse ; ignorant complètement ce qui se passait à la frontière et souffrant de faim. Nous avions une petite portion, mais ce qui nous manquait surtout c’était le pain, un petit quart pour toute une journée, juste de quoi nous maintenir la vie. De plus ce qui était loin de nous ( illis) c’est que nous ignorions combien de temps durerait notre captivité.

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Et moi aussi...

Je ne sais s'il y a eu d'autres carnets, écrits puis égarés.

Mon grand-père n'a jamais parlé de sa guerre et je ne sais donc comment il a pu être libéré.

Je sais qu'en 1916, il était de nouveau au front, en qualité de brancardier pour ramasser les blessés et les morts sur le champ de bataille. C'est là qu'il respira des gaz qui détruisirent ses poumons peu à peu. Il mourut à 72 ans par asphyxie, les broncho-dilatateurs et la cortisone n'étant pas des produits de prescription courante comme de nos jours.

Les dessins ci-dessous ont été faits durant sa captivité, en fin de carnet...

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Carnet annexe 2.JPG

 

 

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Cette publication, au delà des sentiments profonds que j'ai vis à vis de mon grand-père, est un hommage à tous ces jeunes gens qui il y a un siècle, ont sacrifié leur vie pour une cause qui leur semblait noble.

Nous ne devons pas les oublier.

 
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