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26/12/2013

Carnets de guerre (8)

Prisonnier!

Le sentiment d'avoir été un pion dans ce vaste foutoir qu'était cette guerre, mais aussi les soucis quotidiens dont le premier était d'arriver à se nourrir...


.../... La suite

 

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du café que l’on apportait aux blessés. Nous étions pour le moins 300 prisonniers, mais une bonne moitié avait été blessés. Une heure après ils apportèrent d’autres marmites, c’était la soupe qu’on nous avait promis. On commença à servir les blessés, il était évident qu’ils pressaient plus que nous, ils souffraient de la faim et de leurs blessures. Lorsqu’ils furent servis, il n’en restait pas pour nous, il fallu attendre qu’on en fisse d’autre, enfin vers 11 heures on nous donna une petite portion de riz bouilli avec des pommes de terre, que nous mangeâmes avec grand appétit. C’était peu, mais de prendre quelques aliments chauds ça refait l’estomac. Après une journée si émouvante, tout le monde était fatigué, bientôt je ne tardais pas à m’endormir. Jamais je n’avais connu un sommeil si lourd. Le lendemain, en me réveillant, je ne parvenais pas à m’expliquer comment je pouvais

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me trouver dans une église, mais cela ne durait pas longtemps, peu à peu je reconstituais les faits tels qu’ils s’étaient passés. Chose qui m’étonna c’est que j’avais assez bien reposé, la nuit s’était passé sans que je fisse des cauchemars. Un proverbe dit qui dort dîne, mais je puis dire qu’il est faux, car ce fut la faim qui m’éveilla. Alors, pendant que bon nombre de mes camarades dormaient encore, étant moins surexcité que la veille, je me pris à réfléchir à la situation présente. Elle ne m’apparut guère brillante, elle ne pouvait m’apparaître autrement. Je voyais les longs jours d’angoisse se préparer pour ma chère famille, à laquelle il me serait impossible de lui faire savoir de mes nouvelles. C’était la seule chose qui me préoccupait, le reste peu m’importait, j’étais persuadé qu’en exécutant les ordres qu’on nous donnerait, il ne nous se –

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 -    rait fait aucun mal, une captivité plus ou moins longue, je ne m’en souciais point car je me sentais assez de courage et de volonté pour supporter les privations et les souffrances qu’on pourrait avoir à endurer, afin de revoir mon pays natal ; mais ce qui ne me laissait pas sans crainte, c’était de savoir si on nous donnerait assez de nourriture pour nous maintenir la vie. Enfin pour le moment, le mieux était de vivre en philosophe, le temps nous apprendrait tout, mais j’ajouterais que cela n’était pas chose facile. A présent, plus un prisonnier ne dormait, chacun s’entretenait avec ses voisins et à voix basse des évènements de la veille. Les prisonniers en majeure partie étaient des deux premiers bataillons du 31e et du 20e car c’était ces deux bataillons qui avaient fait l’attaque. Il y en avait un peu de chaque compagnie mais tous disaient la même chose, ils s’étaient heurtés à des forces dix fois supérieures ; le plus grand nom –

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bre était tombé sous les balles et le reste fait prisonnier . Par conséquent nous savions que ces deux bataillons avaient été complètement anéantis. Un réserviste de ma section ayant été blessé au bras passa la nuit dans le bois où avait eu lieu la bataille, le lendemain fut fait prisonnier et enfermé avec nous, il nous donna beaucoup de détails. Nous apprîmes par lui que le reste de la compagnie avait été cernée et complètement détruite. Etant resté en arrière car il avait eu un bras cassé, il vit la 2e section partir à la baïonnette, mais bientôt ces braves furent entourés par un ennemi dix fois supérieur en nombre et pas un n’échappa à la mort.
La journée se passa triste et monotone, on ne parla que du combat de la veille. Au lieu d’être en réserve, nous étions des troupes sacrifiées, c’était l’opinion de tous : d’abord la façon nous nous avions attaqué nous le prouvait assez clairement, le 18e d’artillerie que nous avions avec nous revint en arrière dès le début de l’action,

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il n’y resta que six pièces qui firent à l’ennemi des pertes considérables, mais qui furent prises à la tombée de la nuit, il parait que les artilleurs firent éclater les pièces avant de les abandonner. Mais revenons à ce qui se passait dans l’église.
    Vers huit heures, on nous distribua un quart de café et nous dirent que pour midi nous aurions une soupe. En effet, à midi nous eûmes un bouillon dans le genre de celui qu’on nous avait donné la veille, amis toujours sans pain. Le soir on nous donna une purée de pommes de terre où on avait mis à bouillir les os du bétail qu’ils tuaient pour leur alimentation. Nous fîmes un assez bon repas, mais de pain nous n’en touchâmes encore pas. Le lieutenant nous dit qu’ils feraient leur possible pour nous en donner, mais que pour l’instant eux-mêmes en manquaient, il fallut donc s’endormir sans avoir pris une bouchée de pain depuis deux jours. Je me demandais, non sans inquiétude, si cela persisterait et s’il

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A suivre

Commentaires

Nos anciens, qui ont fait ce qu'ils ont pu chacun, participent à notre joie d'être qui nous sommes aujourd'hui. On ne se lasse jamais de leur rendre hommage chaque jour et particulièrement en ces périodes car, si nous pouvons festoyer un peu, c'est bien grâce à eux.

La lecture de ce témoignage que tu nous offres est un vrai cadeau qui permet aussi de dépasser un peu trop de futilités comme toujours en cette fin d'année.

Merci à toi et très bonnes fêtes. Bises.

Écrit par : Monique C | 26/12/2013

Bonnes fêtes à toi aussi, amie
Bises

Écrit par : Serge | 26/12/2013

Ces hommes qu'on nomme grands étaient à l'abri à jouer aux soldats et tant pis si la stratégie est mauvaise faut bien les utiliser, pas les laisser... Grrrr ! Bon vendredi et bizoux de paix !

Écrit par : françoise la comtoise | 27/12/2013

C'est vrai que les familles étaient sans nouvelles de celui parti au front. Rien n'est pire que l'incertitude dans cette situation...
Je comprends que cette pensée torturait ton grand-père !
Bonne fin de journée, amicalement,
Gérard.

Écrit par : CHAP | 27/12/2013

Merci pour ton passage ! comme tu l'as compris, notre Noël a été plombé, mais nous pouvons nous aussi arrêter d'être des personnes trop "gentilles " donc l'année 2014 sera une année ou nous serons toutes griffes dehors ! ça va saigner ! voilà !
bises très amicales de Bourgogne

Écrit par : Bcommebleu | 29/12/2013

Bonjour Serge

Depuis que tu as laissé une moto dans ton salon où elle gène un peu ton épouse, j'ai repris le cours des lectures de tes notes en lisant sans s'arrêter les pages du carnet de guerre de René dit Gaston, ton grand père.

Je salue d'abord sa mémoire, car c'est avec un grand respect que je suis entré dans l'intimité d'un jeune homme qui passe en quelques jours des hourras du départ aux gémissements des blessés.

Cette faculté d'adaptation à l'horreur chez nous me surprendra toujours, surtout si cette horreur là n'est pas acceptée. L'absence de haine envers l'ennemi est aussi remarquable, il s'agit de défendre une terre, un point c'est tout. Et la narration des échanges entre français capturés et allemands est révélatrice de cette tolérance mutuelle des hommes entre eux.

J'ai entendu un de mes oncles parler de cette même guerre, et jamais il ne traitait les allemands de salauds, même s'il les appelaient les boches. Par contre, les souffrances des blessés, des camarades, des chevaux l'avaient lui aussi beaucoup touché.

Merci de nous faire partager ces pages, qui relativise la féerie supposée de Noël. En même temps, s'il faut retenir un seul bienfait de la création de l'Europe, c'est bien l'absence de conflit depuis 70 ans !

Je te salue

Christian

Écrit par : Christian | 04/01/2014

Pas de haine,de la souffrance, de l'inquiétude pour les siens
Ton grand père etait une belle âme
Brigitte

Écrit par : fleurbleu | 08/01/2014

Les commentaires sont fermés.

 
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