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18/12/2013

Carnets de guerre (7) :la reddition

Plutôt mourir? non, plutôt se rendre, ce qui est d'une extrême intelligence !

On peut noter (mais on le savait déjà) que la fraternisation entre troupes ennemies a été quelque chose de spontané.

On peut noter aussi l'étonnement de mon grand-père devant l'organisation, l'efficacité des allemands. Ils l'ont d'ailleurs prouvé une nouvelle fois à partir de 1941...

Et puis toujours les morts, les blessés...

----------------------------- la suite

 

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.../... réussit le premier à atteindre le chemin, j’y arrivais à mon tour quelques secondes après, d’autres arrivèrent également mais en bien petit nombre. Là nous n’étions pas complètement à l’abri des balles, plusieurs de nous furent encore blessés mais le danger était bien moindre, seulement nous ne pouvions pas tirer un coup de fusil. Les balles qui nous arrivaient toujours en grande quantité, passaient vingt centimètre au dessus, nous étions obligés de rester couchés, lever la tête aurait été braver une mort certaine. Un sergent pourtant qui se trouvait bien placé, pouvait voir ce qui se passait du côté du bois, il en renseignait le capitaine. A présent, les allemands arrivaient sur la lisière, ils restèrent quelques instants à examiner la situation, puis ils commencèrent par opérer
 

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un mouvement tournant, leur plan était de nous cerner, cela allait en être fait en moins de dix minutes. Le capitaine vit que nous étions perdus, c’en était fait de nous. Tenter un assaut à la baïonnette, il ne fallait pas y compter nous étions restés une quinzaine sans être blessés. Que faire, attendre plus longtemps c’était attendre la mort et de cette mort on ne pouvait en retirer aucun profit, mieux valait se rendre. Le capitaine restait pensif, il réfléchissait avant de prendre cette décision, d’abord cela devait lui être très dur de falloir se rendre à l’ennemi, puis il craignait peut-être le sort qui nous était réservé ; mais il fallait prendre une décision, aussi donna-t-il l’ordre de mettre les mouchoirs au bout des baïonnettes. A cette vue les allemands poussèrent
 

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cris et la fusillade s’apaisa quelque peu, au premier coup de langue de la trompette les mitrailleuses cessèrent de tirer. Comme nous ne recevions plus que quelques coups de feu, nous nous levâmes et agitâmes de nouveau les mouchoirs, alors quelques allemands s’approchèrent et nous firent signe de jeter nos armes et de nous déséquiper, ce que nous fîmes sur le champ, ils nous avaient fait signe également de remettre les baïonnettes aux fourreaux. Aussitôt qu’ils ne les virent plus, une centaine d’ennemis vinrent vers nous en criant et en gesticulant, je n’étais pas trop rassuré de ce qu’ils allaient nous faire. Arrivés à trente mètres quelques uns tiraient encore sur nous, un camarade fut encore malheureusement tué. Bientôt ils furent près de nous
 

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certains d’entre eux nous menaçaient de leurs baïonnettes, mais les chefs les empêchèrent de mettre leurs menaces à exécution. Ils nous firent assoir le long du talus et nous recommandèrent de ne pas bouger, puis ils nous dirent en français, car il y en avait beaucoup qui le parlait très bien, de jeter les armes et les munitions qui pouvaient nous rester, y compris les couteaux, ils ajoutèrent qu’il ne nous serait fait aucun mal, ce qui nous tranquillisa . A partir de ce moment, s’étant calmés, ils se comportèrent très bien envers nous, je ne me serais pas attendu à cela, ils nous traitèrent plutôt en camarades. Ils nous demandèrent du tabac et nous offrirent de quoi boire, aussi nous fûmes bien aise de nous désaltérer. Ceux qui savaient parler français plaisantaient avec nous, ce qui
 

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était agréable de pouvoir se comprendre. Lorsqu’il fallut partir ils nous en informèrent et nous firent mettre en colonne par quatre ; alors nous nous comptâmes mais hélas ! la moitié de nous manquaient à l’appel. En partant du bois nous étions pour le moins de soixante à soixante dix, à présent nous étions une trentaine dont une douzaine de blessé plus ou moins grièvement, les trois quart des autres avaient les effets troués par les balles. Chambon de Gaujac pour ne citer que celui-là, avait été blessé à la main, mais c’était insignifiant, une autre balle lui avait enlevé le képi et à sa capote on y voyait trois trous. Pour ma part, malgré qu’elles tombassent bien près de moi, pas une ne me toucha. Comment avions nous réussi à arriver jusqu’à ce chemin sans être touchés, lorsqu’on
 

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en parlait par la suite nous ne pouvions nous l’expliquer, il fallait bien croire à un miracle, car on ne pouvait imaginer le nombre de balles qui fut tiré sur nous.
Enfin nous nous mîmes en route encadrés par nos vainqueurs baïonnette au canon. Nous repassâmes dans le pré qui nous avait été si funeste. Quel tableau terrible nous revîmes encore, dans une distance de 100 mètres gisaient plus de trente cadavres de soldats français. Les blessés qui se traînaient difficilement, durent être abandonnés, car ils auraient trop ralenti la marche. En arrivant au bois nous trouvâmes d’autres troupes allemandes, en nous apercevant ils poussèrent des hourras ! et dans un langage qui nous paraissait étrange, ils manifestèrent leur victoire. Nous avançâmes encore  et un peu plus loin nous trouvions d’au –

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 -    tres ennemis, ils étaient nombreux alors, l’effectif d’un bataillon à peu près, c’était les forces qui nous avaient contournés. A présent, il s’était fait un moment d’accalmie, sauf l’artillerie allemande qui tirait toujours, la fusillade avait à peu près cessé car la nuit était venue. Là, nous nous arrêtâmes ils nous firent signe de nous coucher, ils attendaient la nuit complète pour nous diriger sur leur cantonnement. Pendant ce temps nous eûmes un aperçu de la discipline de l’armée allemande. Ayant entendu quelque bruit suspect, à un simple geste du chef, ils furent déployés en tirailleur en un clin d’œil et d’une façon remarquable ; pas un ne se bouscula et chacun trouva une place, jamais je n’ai vu chez nous un  déplacement si correctement exécuté. Enfin nous partîmes et nous prîmes une direction qui nous était inconnue. Nous

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marchâmes pendant demi heure et nous arrivâmes au gros de l’armée allemande ; on se dirigea sur un petit village qui se trouvait non loin de là, ce village s’appelait Ochamps. Nous arrivâmes peu de temps après, la encore nous vîmes les effets désastreux de la guerre, un grand nombre de maisons étaient en flamme, soit qu’elles fussent allumées par l’ennemi ou par l’artillerie française. Nous fûmes dirigés sur l’église où  on nous enferma, lorsqu’on y arriva nous y trouvâmes d’autres prisonniers français. Nous restâmes dans cette église jusqu’au lundi soir 24 août, par conséquent deux nuits et deux jours. Certains détails intéressants sont à signaler (
    Aussitôt arrivés un lieutenant allemand vint donner des ordres à notre capitaine, il parlait clairement le français, de son côté le capitaine comprenait très bien l’allemand, de plus deux soldats du 20e le

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 parlaient également à merveille. J’ajouterai que quelques civils, dont le maire du village, étaient prisonniers avec nous. Les consignes qu’on reçut furent les suivantes : tous les prisonniers devaient

rester assis, il fallait remettre les cartouches, les armes y compris les couteaux et les lettres que l’on aurait encore sur soi, celui qui serait trouvé le lendemain en possession de quelques unes de ces choses serait fusillé, surtout pas de tentative d’évasion, le capitaine en était rendu responsable. On nous dit aussi qu’on nous préparait un peu de soupe et qu’on nous la servirait dès qu’elle serait prête, cela nous réjouit un peu, car depuis le matin que nous avions pris le café la faim commençait à nous piquer, en attendant les gardiens nous apportèrent de l’eau et comme tout le monde avait une soif ardente, nous fûmes heureux de pouvoir nous désaltérer. Vers neuf heures on apporta de marmites fumantes, c’était

.../...
 à suivre

Commentaires

En lisant les mots de ton Grand-Père, il me vient à l'esprit que les mots sont le privilège des vivants (je me cherche des justifications à ce que j'écris... pour ne rien dire).

et puis cette scène me fait penser encore plus vivement à un proche qui fut fait prisonnier "à la suivante" pour 5 ans.... et qui en rentrant retrouve sa femme et ses deux enfants mais, elle infirmière a "attrapé" la tuberculose et mourra peu de temps après.

On l'a souvent dit, mais je ne peux m'empêcher de terminer ainsi "Que c'est con la guerre !".

Bien évidemment, je ne fais allusion à une histoire qui m'est proche uniquement pour justifier un peu l'intérêt que je porte à ce que tu publies ici et qu'on ne m'affuble pas, comme le font souvent les jeunes, d'un goût particulier pour ces choses si peu divertissantes.

Bises Ami Serge et à bientôt de te lire.

Écrit par : Monique C | 18/12/2013

Je sais l'intérêt que tu portes à ce que je publie là.
Moi, je suis toujours très étonné du petit nombre d'objecteurs de conscience, de déserteurs, de gens qui refusent tout simplement d'aller se battre, de tuer ou de se faire tuer. Quel que soit le conflit, il doit y avoir des raisons, bonnes sûrement sur le moment, qui justifient pour ces personnes là de partir au combat.
Je n'y ai jamais été confronté et ne sais donc pas ce que j'aurais fait...

Bises amie
et merci pour tes précieuses visites

Écrit par : Serge | 18/12/2013

Ton grand-père n'aura pas combattu longtemps avant d'être fait prisonnier. Mais suffisamment longtemps pour connaître l'horreur de la guerre...

Pour parler de choses... plus gaies, la discipline des Allemands que ton grand-père semble admirer, est à l'origine de pas mal d'histoires drôles dont celle de" l'enfer français et de l'enfer allemand", que tu connais peut-être. Sinon, je pourrai te la raconter...

Bonne soirée, amicalement,
Gérard.

Écrit par : CHAP | 21/12/2013

Merci Chap pour ton passage.
Oui, je connais l'histoire des deux enfers, et en définitive, je préfère le français!
Amitiés

Écrit par : Serge | 21/12/2013

Parfois lorsque mon grand père se laissait aller..... à quelques confidences..... sa voix s'étranglait et il s'en allait sans doute pour refouler quelques larmes.....
Passe de bonnes fêtes et à bientôt
bises bourguignonnes pluvieuses et bientôt ventées

Écrit par : BcommeBleu | 22/12/2013

Il est vrai que les allemands sont très disciplinés mais quand ils font la guerre , ils se sont entrainés longtemps avant comme c'est eux qui ont attaqué les deux fois, et les pauvres poilus qui sont partis sans rien avoir appris la fleur au fusil... Bon noël et bizoux du soir !

Écrit par : françoise la comtoise | 24/12/2013

Les commentaires sont fermés.

 
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