logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

11/12/2013

Carnets: la boucherie commence! (6)

Là, ça devient sérieux, très sérieux! Les blessés, les morts se succèdent. Mon pépé ne donne pas l'impression d'avoir peur. Son calme est surprenant, comme s'il était en état second.

Et pourtant, c'est l'horreur absolue.

--------------------------suite

 

Carnets 40.JPG


quelque chose de suspect, tout le monde redoubla d’attention, prêts à faire feu ; l’un d’entre nous monta même sur un arbre afin de pouvoir dominer de petits sapins qu’on avait sur le devant, mais il ne signala pas d’ennemis. L’agent de liaison que le capitaine avait envoyé au commandant n’était pas encore revenu depuis demi-heure qu’il était parti, cela énervait davantage le capitaine. Un sentier qui devait aboutir à la route par où nous étions arrivés était à surveiller. Je fus envoyé avec un sergent et un autre agent de liaison voir ce qui s’y passait, c’est alors que nous vîmes un spectacle affreux.
Une compagnie du 20e qui se trouvait flanc garde avait chargé à la baïonnette. Elle avait eu l’avantage

Carnets 41.JPG



car une trentaine d’allemands étaient restés sur le terrain alors qu’il n’y avait pas un seul français. Quel sort avaient eu ces pauvres malheureux, beaucoup d’entre eux n’étaient pas encore morts, mais ils se tordaient dans d’horribles souffrances. L’agonie qu’ils faisaient devait être terrible, car à chaque instant de sourds gémissements s’échappaient de leurs poitrines. A la vue de tant de souffrance j’eus un serrement de cœur, mes camarades firent de même sans doute, car instinctivement nous détournâmes la tête tous à la fois et nous nous éloignâmes rapidement de ce lieu de douleur. Notre mission terminée nous rejoignâmes notre compagnie, en même temps que nous arrivait l’homme qui était allé au commandant, mais il n’avait pu trouver ce dernier.

Carnets 42.JPG



La situation était loin se s’améliorer, nous étions sans aucun ordre et nous ignorions où étaient passées les autres compagnies. Revenir en arrière, le capitaine ne voulu pas prendre cette responsabilité, il décida d’aller prendre des renseignements lui-même. Laissant le commandement de la compagnie au lieutenant, il prit avec lui une patrouille et les agents de liaison et nous partîmes à la recherche du commandant.
    En revenant en arrière, nous traversâmes le champ de bataille, aussi vîmes nous pour la deuxième fois les horreurs de la guerre. Amis et ennemis étaient à présent pèle-mèle étendus côte à côte. Les pertes allemandes étaient élevées, mais de notre côté nombreux étaient aussi les morts et les blessés. Ici, un pauvre malheureux gisant le crâne ouvert, on avançait

Carnets 43.JPG



peu plus loin et derrière un fourré on découvrait un autre combattant que le sort n’avait pas favorisé, les membres détachés du tronc, d’autres encore touchés en plein cœur baignaient dans leur sang. Tout cela était bien triste, mais ce qui vous émeut le plus, ce sont les blessés. De pauvres réservistes appelait leur femme qu’ils ne reverraient sans doute jamais plus, se sentant perdus, d’autres portaient à leurs lèvres avec toute l’énergie du désespoir, le portrait de ceux qui leur étaient chers. Aucun de nous ne prononçait une parole mais sur chaque visage ( illisible) une grande souffrance morale. Nous marchions la tête baissée, comme en une sorte de recueillement, respectant ce lieu de souffrances ; mais nous n’avions pas traversé l’endroit qui devait nous apitoyer le plus, c’est lorsque nous arrivâmes où étaient tom -

Carnets 44.JPG




-bés les blessés de la compagnie. Certains, ceux qui n’avaient pas perdu connaissance, nous reconnurent et nous appelèrent à leur secours. Le temps était précieux, nous n’avions pas une minute à perdre, cependant nous ne pouvions passer au près de nos camarades dont les existences avaient été les nôtres pendant de longs jours, aux côtés desquels nous avions vécus en amis, sans leur apporter quelques mots de consolation. Ils nous prièrent de les apporter aux ambulances ce que nous ne pouvions faire à notre grand regret ; nous les adossâmes à quelques gros arbres et nous leur tendîmes la main qu’ils étreignirent avec une force farouche ; nous nous éloignâmes émus jusqu’aux larmes, pourtant ce n’était guère le moment de s’attendrir.
    A peine avions nous fait deux cents mètres qu’en

Carnets 45.JPG



avant de nous, nous entendîmes des coups de feu. Le capitaine donna l’ordre de se dissimiler derrière les arbres qui étaient nombreux à cet endroit de la forêt. Bientôt, non loin de nous, ( illis.) passèrent des soldats français qui se repliaient en se défendant. Le capitaine les appela , nous ayant aperçus ils se dirigèrent vers nous, heureux de rencontrer un chef, ils étaient une quinzaine. Nous comprîmes très bien ce qui se passait, les allemands dont les forces étaient considérables, nous avaient contournés. Il ne fallait plus compter aller jusqu’au commandant, faire face à l’ennemi était également impossible, nous étions une vingtaine contre un bataillon ; le plus prudent était de rejoindre la compagnie où il nous serait plus facile de résister ; mais il ne fallait pas perdre une minute, les premiers allemands

Carnets 46.JPG



étaient à une centaine de mètres. Le capitaine nous partagea en deux, il prit le commandement d’un groupe et donna l’autre à un sergent du 20e qui s’était rallié à nous, on devait se replier de la façon suivante : pendant qu’un groupe battait en retraite, l’autre devait tirer sur l’ennemi le plus grand nombre de cartouches possible, afin de ralentir sa poursuite et il devait se replier à son tour lorsque l’autre groupe aurait ouvert le feu. Nous nous repliâmes en exécutant cette manœuvre et elle nous aurait peut-être réussi si nous ne nous étions pas égarés dans cette forêt que nous ne connaissions pas ; nous arrivâmes ainsi jusqu’à la lisière du bois. En même temps que nous arriva notre lieutenant avec sa section. Ayant entendu la fusillade il s’était porté à la gauche voir ce qui

Carnets 47.JPG



se passait. Alors nous étions quatre vingts environ, nous essayâmes de tenir tête à l’ennemi. Abrités derrière de grands arbres, nous soutinmes pendant un quart d’heure un feu nourri qui arrêta l’ennemi dans sa marche en avant ; mais que pouvions nous contre le nombre, sur nos ailes l’ennemi commençait à arriver à notre hauteur. Le capitaine envisagea la situation avec sang-froid, il comprit qu’elle était désespérée, mais il essaya de la sauver une dernière fois. A 100 mètres de nous, était un chemin qui paraissait légèrement encaissé. Si nous réussissions à l’atteindre, nous étions peut-être sauvés, car entre le bois et le chemin était un pré ; là, nous pourrions voir la manœuvre de l’ennemi, puis le terrain étant découvert le tir aurait été efficace, mais nous

Carnets 48.JPG



ignorions ce qui nous attendait en cette traversée. Cependant il n’y avait plus à hésiter, il fallait tenter sans attendre une minute notre dernière chance de salut ; c’est alors que tomba raide mort, notre lieutenant d’une balle en plein cœur. La traversée il fallait la faire le plus vite possible, le capitaine partit en tête au pas de course et nous partîmes tous à sa suite ; mais hélas ! les trois quarts de nous devaient rester en chemin.
    En débouchant du bois, nous fûmes aperçus par quelques sections de mitrailleuses qui étaient sur les hauteurs. Le danger devint on ne peut plus grand, bientôt nous étions sous une vraie pluie de balles. Nous étions pris entre deux feux, celui des allemands qui ne cessaient de nous tirer dessus et celui des mitrailleuses bien plus meurtrier encore. A chaque instant on voyait tomber nos malheureux camarades. Le capitaine

.../...

à suivre

Commentaires

Coucou Serge !
VOUAH ! cela devient meurtrier, voir tous ces jeunes hommes mutilés, ton pépé a dû faire des cauchemars très longtemps et je pense que d'avoir mit sur écris a sans doute adouci ces horreurs. Bizoux comtois !

Écrit par : françoise la comtoise | 11/12/2013

J'avoue que je perds un peu le goût des mots là..................................................................................................................................................................................................................................

Mais parce que tu mérites vraiment que soit dit pour ce partage, ne serait-ce qu'un Merci, Voilà je le dis.

Et je rejoins le commentaire de Françoise en espérant que, en effet, l'écriture a peut-être dans la mémoire de ton Grand-Père "adouci ces horreurs".

Bonne soirée Serge et Bises

Écrit par : Monique C | 11/12/2013

Françoise, Monique, plus que vingt pages!
Je crois aussi que d'avoir écrit a aidé mon grand-père à supporter.
Ou bien était-il convaincu d'y perdre la vie et souhaitait laisser un témoignage? Il n'en a jamais rien dit.
Quand on lit ça dans les livres d'histoire, on a tendance à croire à l'exagération...
Bises à vous deux

Écrit par : Serge | 11/12/2013

Plus j'avance dans la lecture (et j'ai pris du retard..) plus je découvre l'horreur de cette guerre

Ton grand père a écrit sur le front
C'est pour cela que c'est touchant
Beaucoup qui sont revenus de cette guerre n'ont plus réussi à en parler car trop marqués par ces horreurs
Bonne fêtes de Noël
Brigitte

Écrit par : fleurbleu | 23/12/2013

Les commentaires sont fermés.

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique