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04/12/2013

Carnets de guerre: l'horreur commence (4)

Jusque là, mon pépé était peinard.

Et puis et puis... L'état major avait raconté des salades? toujours est-il qu'il s'est retrouvé "au feu" plus tôt que prévu...

------------------------------------la suite

 

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Bientôt deux aéroplanes se dirigeaient vers nous. Le 20e d’infanterie qui était en avant de nous tira sur l’un d’eux. Les mitrailleuses furent assez heureuses cette fois et réussirent à l’abattre, un des aviateurs était mort et l’autre grièvement blessé. Je ne saurais traduire la joie des habitants de Bertrix lorsqu’ils nous virent arriver. Ils nous considéraient comme leurs sauveurs ; c’est que quelques jours auparavant ils avaient aperçu des patrouilles de uhlans, aussi craignaient-ils que les forces allemandes s’emparassent de la ville avant que les français n’arrivassent pour les secourir. Ils nous firent le plus chaleureux des accueils. Ils nous donnèrent toutes sortes de choses, du café des liqueurs, du vin vieux, des tartines beurrées etc. On s’arrêta de

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nouveau lorsque nous eûmes traversé la ville, je mangeais alors une assiette de riz au lait. Plus loin, nous vîmes l’aéroplane qui était tombé sur le bord de la grande route. Lorsque nous eûmes dépassé Bertrix, on commença à se détacher des patrouilles. Nous marchâmes ainsi plusieurs kilomètres sans que rien de nouveau fusse signalé. Arrivés sur la lisière d’un bois très épais, nous fîmes une pause ; c’est là que commencèrent à se dérouler les évènements.
    A peine étions nous arrêtés que nous entendîmes le canon. Les détonations paraissaient assez rapprochées. Tout le monde avait la conviction que c’était notre artillerie, car comme je l’ai déjà dit, nous nous croyions en troisième ligne. Le 20e d’infanterie qui

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formait la brigade avec nous, était en avant, nous n’avions pas de surprise à craindre, aussi étions nous couchés sur le bord de la route, plaisantant gaiement, nous souciant nullement du danger que nous allions avoir à affronter quelques instants après. Par moment, on entendit l’artillerie tirer successivement, alors tout le monde cessait de causer et cherchait à comprendre, puis tout revenait dans le silence, pour un petit temps seulement, jusqu’à ce qu’une nouvelle rafale se fit entendre. Cependant, tout le monde était devenu perplexe, on se demandait si vraiment on serait au feu avant que la journée ne se finisse, ainsi qu’on nous l’avait dit, mais pour cela il fallait qu’on fusse en 1ère ligne, puis on était encore à se deman –

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-der si on nous ferait attaquer sans avoir mangé de la journée, car nous n’avions pris que le café à cinq heures du matin, sauf ce que la population de Bertrix nous avait donné ; mais pour tout un régiment c’était peu de chose, aussi étions nous presqu’à jeun ; enfin par mesure de précaution, je mangeais le peu de pain que j’avais dans ma musette, on verra par la suite que cette précaution ne fut pas inutile.
    A peine finissais-je ma dernière bouchée, qu’on nous faisait rompre les faisceaux et approvisionner les armes. Alors j’eus l’impression qu’on était loin d’être réserve et que ça pourrait chauffer avant longtemps ; une chose finit de me convaincre, à quatre ou cinq mètres

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en avant de nous, on entendit le feu, tout à coup le feu nourri de l’infanterie, il n’y avait plus de doute le 20e était engagé, dans quelques instants nous allions être nous aussi sur la ligne de feu.
    Lorsque nous reçûmes l’ordre de nous porter en avant, la compagnie s’engagea dans le bois du côté gauche de la route.
    Nous marchions en colonne par quatre, la section étant à une vingtaine de mètres. Etant agent de liaison de la 2e section, je la quittai pour aller rejoindre le capitaine qui était en tête de la compagnie, à partir de ce moment je ne devais plus le quitter, ma mission était de transmettre les ordres qu’il me donnerait, à mon chef de section

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à seule fin qu’elles soient exécutées le plus vite possible. D’abord nous n’avançâmes que très lentement dans le plus grand silence, car il nous avait été bien défendu de causer. Un peu plus loin, on entendait toujours le crépitement de la fusillade qui se faisait plus nourrie, alors que l’artillerie tirait sans relâche. Nous fîmes ainsi deux cents mètres dans le bois, lorsque nous reçûmes l’ordre de revenir sur la route et de rejoindre la ligne de feu le plus vite possible. Nous partions au pas gymnastique, mais bientôt il fallut se ranger sur le bord du chemin pour faire place au 18e d’artillerie qui arrivait au galop. Un peu plus bas étaient les ambulances du

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20e. A peine si on se battait depuis une demi heure, et bon nombre de blessés étaient déjà arrivés aux voitures. Certains d’entre eux faisaient de grandes souffrances. Ce qui m’impressionna le plus, ce fut un lieutenant du 20e qui était blessé sur le bord de la route. Un éclat d’obus lui avait emporté un bras, c’était une blessure affreuse. On voyait qu’il faisait de violents efforts pour supporter les souffrances qu’il endurait. Notre capitaine en passant lui serra la main et l’embrassa, le blessé lui dit simplement » ça y est mon vieux ».   
    Nous marchâmes encore 100 mètre et l’on s’arrêta de nouveau. Là se trouvait le général commandant la brigade, notre colonel et le commandant

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du premier bataillon. Nous revînmes une deuxième fois dans le bois prenant la même formation et toujours du côté gauche. Malgré que le danger ne fusse  pas bien grand encore, par prudence, on nous fit coucher. Le commandant resta sur la route et de là pouvait donner des ordres au bataillon, car il y avait des compagnies de chaque côté de la route. Toutes les cinq minutes nous avancions d’une vingtaine de mètres et on se recouchait ; nous arrivâmes ainsi sur la lisière d’un autre bois où il y avait des sapins, on ne pouvait voir à deux mètres devant soi. J’étais couché sous l’un d’eux, m’abritant la tête sous mon

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sac ainsi qu’on doit faire sous le feu de l’artillerie. Les obus n’éclataient pas encore sur nous, mais à une bien petite distance, cinquante mètres en avant, quelques compagnies du 20e étaient déjà démolies. Le nombre des blessés augmentait sensiblement, ceux qui ne l’étaient pas trop grièvement tachaient de rejoindre les ambulances, on commençait à entendre des plaintes et des appels, cela commençait à devenir lugubre, mais c’était peu en comparaison de ce que nous allions voir. J’étais toujours à cette même place, lorsque la première balle me passa sur la tête. Une petite branche de sapin qu’elle coupa en passant vint tomber à mes pieds, je ne cacherai pas que

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sifflement aigu que je n’avais jamais entendu et auquel je ne m’attendais pas, me surprit un peu ; mais je ne fus pas le seul, des camarades qui étaient devant moi firent eux aussi ce petit mouvement de tête, que l’on fait malgré soi au passage d’une balle. Bientôt nous allions avoir l’occasion de le répéter plus souvent. En ce moment le commandant nous donna l’ordre d’aller rejoindre les autres compagnies qui étaient du côté droit de la route. Nous fûmes un peu retardé par l’artillerie qui revenait en arrière, ne pouvant prendre position dans un vallon et au milieu d’un bois. Une fois de l’autre côté, le capitaine fit

.../...

à suivre

Commentaires

Je suis revenue vivre en lecture ce que ton grand père écrit
c'est déja moins drole alors quece qu'ils vont vivre ensuite a pour nom l'horreur
bonne soirée Brigitte

Écrit par : fleurbleu | 04/12/2013

C'est déjà très impressionnant ! C'est un véritable trésor de témoignage que tu possèdes grâce à ton Grand-père. Un témoignage "à cru" (j'ai envie de dire "à cru" donc je le dis), c'est si violent déjà.

On dit "blessé" mais... que veut dire "blessé" si on n'a pas comme ça les mots du vécu, chargés comme ceux-là.

Merci à toi. Merci à ton Grand-père.

Bises

Écrit par : Monique C | 04/12/2013

Je suis de passage ce soir pour vous faire une sympathique révérence,amitiés, Pascal.

Écrit par : Djemaa | 04/12/2013

Un récit très précis et je suis impressionnée. J'attends la suite qui je pense va être plus dur pour les poilus. Bizoux comtois !

Écrit par : françoise la comtoise | 04/12/2013

Sachant que ce n'est pas du roman, mais bien du vécu, ce récit est assez prenant.
Comme tous tes visiteurs, j'attends la suite...
Bonne soirée, amicalement,
Gérard.

Écrit par : CHAP | 06/12/2013

Les commentaires sont fermés.

 
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