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29/11/2013

Carnets de guerre, la suite... (3)

Des marches, des longues marches de jour comme de nuit, avec tout le barda qui devait peser des tonnes, et sans la moindre plainte...

Quand je pense qu'après une journée de randonnée de vingt kilomètres, il me faut deux jours pour m'en remettre...

Mais il est vrai que mon pépé était beaucoup plus jeune que moi !


--------------------------------------------- LA SUITE

 

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La journée du 15 on arriva à Buzaney. C’est un chef lieu de canton assez important comptant six à sept mille âmes. La ville était plus grande que celles que nous avions traversées jusqu’alors, les magasins étaient mieux approvisionnés, aussi nous pûmes nous procurer beaucoup de choses nécessaires. Sur la place de la ville on remarque la statue du général Chanzy. En 1870, un violent engagement y eu lieu entre les troupes allemandes et françaises. Le général Chanzy commandait ces dernières, aussi la population de Buzaney ne l’a pas oublié, c’est en cet honneur qu’elle a élevé la statue du général. En arrivant au cantonnement, je fus désigné pour prendre la garde aux avants postes. L’ennemi avait franchi la frontière et la veille avait bombardé Pont-à-Mousson. On craignait des

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patrouilles de cavaleries, aussi les grandes routes aboutissant à la ville furent surveillées et barricadées la nuit. Les consignes étaient très sévères, la circulation de tout véhicule était interdit à partir du couché du soleil, tout individu non muni d’un billet de circulation était arrêté par la sentinelle et ne pouvait aller plus loin, donc pour sortir et rentrer en ville, les habitants devaient se mettre en règle. La nuit où je fus de garde se passa sans incidents, le matin cependant, nous allions être relevés lorsque nous perçûmes le bruit d’un moteur. Bientôt nous vîmes un aéroplane se dirigeant vers nous. Nous tînmes nos armes prêtes en cas que ce fusse un aéro ennemi. En effet, ces précautions ne furent pas inutiles, c’était bien un aéro ennemi qui allait nous passer sur la tête. Lorsqu’il fut bien au dessus de nous, le chef de poste commanda un feu par sal –

 

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-ves, mais notre tir ne fut pas efficace, étant à une trop grande hauteur nos balles ne durent pas l’atteindre et il continua sa route vers Paris. Au retour pourtant, il ne fut pas si heureux, à quelques kilomètres de la frontière une balle traversa le moteur à essence, aussi fut il obligé d’atterrir ; les aviateurs étaient morts ou grièvement blessés. A noter qu’à Buzancy une des balles tirées sur l’aéroplane tua en retombant un cheval pendant que son conducteur lui faisait le pansage. A l’autopsie, on lui trouva une balle dans la tête.
    La cinquième étape fut une des plus longues : Buzancy Mouzon. Nous marchâmes toute une journée depuis sept heures du matin, nous n’arrivâmes qu’à la nuit, nous avions fait près de quarante kilomètres. Les troupes étaient assez fatiguées. En arri –

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-vant il fallut préparer le repas du soir, aussi l’heure était avancée lorsqu’on se coucha. Heureusement que le lendemain notre marche en avant fut arrêtée, nous restâmes 4 jours au cantonnement ; j’en profitais pour revoir des camarades que j’avais au 57e et au 18e d’artillerie, car ces deux régiments étaient cantonnés avec nous. Mouzon est une agréable cité. La Meuse, fleuve magnifique, partage la ville en deux. C’est à Mouzon que commence le canal de la Meuse, plus bas en descendant le courant, cette rivière est navigable. J’ai dit plus haut que nous séjournâmes 4 jours à Mouzon. Ce temps là, nous le passâmes agréablement, sans nul souci de ce que l’avenir pouvait nous réserver. Chaque jour nous allions à la pêche et nous avions le bonheur de prendre

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de bonnes fritures, d’ailleurs cela nous était facile, la Meuse étant le fleuve le plus poissonneux de France. Là, le vin avait complètement disparu, mais par contre nous trouvions de la bonne bière. Les journées des 18 et 19 des aéroplanes allemands ne firent que survoler sur Mouzon. Dans la matinée du 18 une batterie du 57e d’artillerie alla prendre position sur les hauteurs environnantes. Nous étions tous dans le cantonnement lorsque nous entendirent un coup de canon. Tout le monde se précipita dehors et nous vîmes que l’obus avait éclaté bien près de l’aéro, plusieurs autres coups furent tirés mais sans résultat. Le 19 au soir nous reçûmes l’ordre de nous porter de nouveau en avant.
    Nous partîmes vers 6 heures et marchâ –

 

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-mes jusqu’à minuit, à cette heure nous étions à Sachy. Nous prîmes possession de notre cantonnement où nous croyions y être jusqu’au jour, mais à peine étions nous couchés que nous avions une alerte ; nous repartîmes à deux heures de la nuit. Le 21 août à 6 heures du matin nous arrivions à Messempré le dernier village français, nous étions à 3 kilomètres de la frontière Luxembourgeoise. Nous fûmes cantonnés en cantonnement d’alerte, il nous fut permis de quitter le sac, mais nous dûmes garder tout l’équipement. Deux heures après nous repartions de nouveau, on fut obligé de manger à la hâte, la soupe n’étant pas cuite, on fut obligé de vider les marmites et de remonter les campements au plus vite. Nous nous remîmes de nouveau en marche

 

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et peu de temps après nous aperçûmes le drapeau Belge. En franchissant la frontière, chacun salua de son képi sa chère patrie, ignorant de la revoir jamais. Nous savions alors que trois colonnes ennemies étaient signalées à une douzaine de kilomètres, aussi nous étions persuadés que le baptême du feu était proche. Dans l’après midi on arriva à St Cécile. On nous fit faire le café tout près de la ville en attendant de nouveaux ordres. Vers trois heures un violent orage éclata et il plut toute la soirée, nous nous abritâmes sous quelques arbres, mais cependant nos capotes étaient mouillées ; enfin vers huit heures on nous amena au cantonnement.
    Le lendemain le réveil ne fut qu’à cinq heures. Une fois le rassemblement terminé

 

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nos chefs de section nous dirent que nous avions ordre de prendre l’offensive et d’attaquer l’ennemi. La veille, ils avaient bombardé Neufchateau qui se trouvait à 9 kilomètres. On nous donna cinq paquets de cartouches de plus, chaque homme avait dans les 100 cartouches. Le corps d’armée marchait par trois colonnes, nous devions attaquer sur trois points différents, notre brigade faisait partie de la colonne du centre. Cependant, je n’aurais pas cru que nous engagerions la bataille le jour même et bon nombre de mes camarades partageait mes idées, vu qu’on nous avait toujours dit que nous étions réserve en troisième ligne. De St Cécile nous fîmes la grande halte à quelques centaines de mètres de Bertrix, mais nous ne fîmes pas le café.


Commentaires

Un récit pas à pas de ton pépé dit Gaston. Au début il est encore dans le moment détente et voilà le front qui commence... Bizoux et bon vendredi !

Écrit par : françoise la comtoise | 29/11/2013

Je viens de lire tes 3 notes relatant les écrits de ton grand père
emouvants ces mots écrits par un homme qui pars pour défendre sa patrie
sans se douter qu'il va vivre l'horreur
Je suis d'autant plus touchée que cela se passe dans des villages de Meuse où je suis nèe et dans ses villages d'Ardennes où je vis à quelques km d'ici
mon grand père a lui aussi suivi ce chemin
Merci pour cela Brigitte

Écrit par : fleurbleu | 29/11/2013

C'est incroyable ces écrits Serge. Ils sont si précis. Et comme on sait beaucoup de choses maintenant sur tous les lieux des batailles, c'est d'autant plus émouvant de le suivre ainsi ton Grand-Père.

Quel témoignage ! Merci à toi.

Bises

Écrit par : Monique C | 29/11/2013

Il reste encore une cinquantaine de pages...que je connais, bien sûr, mais que je relis avec toujours la même émotion.
Merci mes amies pour votre intérêt.
Bises

Écrit par : Serge | 29/11/2013

Les choses sérieuses vont -hélas- commencer pour ton grand-père !
A bientôt de lire la suite,
Amicalement,
Gérard.

Écrit par : CHAP | 02/12/2013

J'attends la suite avec impatience, car mon Pépé, soldat du 9ième, a été fait prisonnier à ...Bertrix.

Écrit par : Jipi | 03/12/2013

Les commentaires sont fermés.

 
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