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24/11/2013

Carnets de guerre (2)

Suite des carnets de guerre de mon pépé.

Il est très étonnant, du moins pour moi, (et comme pour mon pépé d'ailleurs), de voir avec quel immense élan patriotique ces jeunes gens partaient se faire massacrer. A une époque où on est en train ( et heureusement!) de réhabiliter les fusillés déserteurs ou insoumis, ces pages permettent de comprendre un peu pourquoi il y eut ces dérives.

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loin d’être abattus, au contraire nous étions en délire. Un grand élan patriotique régnait également parmi la foule ; sauf quelques mères ou quelques parentes qui avaient leurs fils dans les rangs, tout le monde était souriant, chose qui ne me laisse pas sans me surprendre. Bien des civils nous suivirent jusqu’au lieu d’embarquement ; enfin vers cinq heures nous prîmes possession des wagons qui nous étaient destinés et après avoir échangé une dernière fois des adieux, agité une dernière fois les képis, on entendit avec joie le sifflement de la machine qui nous emportait sur la frontière, vers un point que nous ignorâmes jusqu’à notre arrivée.
    Nous restâmes 2 jours et deux nuits dans le train. Partout où nous passions nous étions chaleureusement applaudis, partout le même enthousiasme, partout le même courage. On sentait


bien que tous les cœurs battaient à l’unisson. La cause qui les faisait battre était commune à tous, noble et sacrée : c’était la défense du territoire. Pendant le voyage, un petit évènement arriva qui nous indigna tous. Un soldat eut la lâcheté de sauter pendant que le train était en marche, plutôt que d’aller combattre l’ennemi. Nous traversâmes l’orléannais, une des plus belles contrées de France. De magnifiques petits cours d’eau le sillonnent dans tous les sens. Partout se dressent des villas agrémentées de gentils jardins qui font l’admiration des étrangers. Deux villes remarquables, Bourges, Chateauroux. Vers la fin du deuxième jour, nous arrivâmes à Suippes. C’est là seulement que nous apprîmes que nous débarquions. Nous étions vingt kilomètres au dessus de Chalons et en face de Verdun. Nous

quittâmes donc la gare et allèrent rejoindre notre cantonnement qui se trouvait être l’école communale.
    Suippes est une coquette petite ville ; une rivière, dont le cours est très calme, la partage en deux, cette rivière s’appelle également la Suippes, c’est cette dernière qui a donné le nom à la ville. Là nous y restâmes cinq jours. Pendant ce séjour, les habitants ne cessèrent de nous faire bon accueil ; un matin que j’étais de garde, une bonne dame vint m’apporter un bol de café au lait ; ainsi faisait on à bien d’autres. Le 11 août le colonel reçut un ordre de partir le lendemain, aussi le lendemain au petit jour nous commençâmes notre première étape vers la frontière.
Cette étape fut particulièrement fatigante. D’abord nous n’étions pas encore entraînés, étant le premier jour de marche, puis la chaleur fut

accablante et malgré que nous n’eussions que vingt kilomètres, bon nombre d’entre nous tombèrent et furent obligés d’attendre les voitures ; le capitaine fut également très indisposé. Nous fîmes la grande halte avant d’entrer au village où on devait s’arrêter, nous eûmes le bonheur de trouver une source où nous pûmes nous désaltérer. Après nous être un peu reposés, nous allâmes au cantonnement qui se trouvait à quelques centaines de mètres. Nous étions dans une de ces grandes fermes que l’on ne rencontre que dans l’est ou le nord. J’avouerai qu’en arrivant au cantonnement je fus un peu déçu. Contrairement au bon accueil qu’on nous avait fait à Suippes, le fermier où nous étions logés nous reçu assez mal, ce qui étonna également mes camarades ; nous sûmes ensuite la cause sa mauvaise humeur : les troupes qui nous précédaient lui avaient emporté en partant une

vingtaine de canards ou de poules, il y avait bien de quoi être mal disposé envers les soldats. L’endroit ou nous étions s’appelait Fontaine.
    Le lendemain nous allâmes jusqu’à Lançon. Cette étape fut la même que la première comme kilomètres, mais elle fut de beaucoup moins fatigante, d’ailleurs étant partis dans la nuit nous arrivâmes avant la chaleur. A partir de ce moment les vivres se firent de plus en plus rares, nous avions toujours notre ordinaire mais il était difficile d’acheter la moindre chose car beaucoup de troupes étaient passées avant nous, le vin devint très rare, on ne pouvait s’en procurer qu’à des prix élevés et pas toujours. Pas très loin de Lançon passe l’Aisne.
    Pas de changement pour la troisième étape. Le 14 Août nous cantonnâmes à Marcq.

 

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La suite bientôt...

 

Commentaires

Coucou Serge !
Beau témoignage de ton pépé dit Gaston, il relate bien ce qu'il a vécu. Mon pépé Gaston à moi c'est autrement. Je me souviens de ma grand-mère (la maman de papa) habitait la campagne en montagne, et son papa était garde forestier, il avait deux chevaux pour ses travaux, l'armée est passée et elle a réquisitionné ses chevaux, mémère m'a dit, mon papa a pleuré. Je ferai une note plus tard car je n'ai pas 80 pages. Bon dimanche et bizoux !

Écrit par : françoise la comtoise | 23/11/2013

Je suis avec intérêt ces carnets qui montrent bien l'état d'esprit au jour le jour de ces hommes envoyés au massacre, avec un coeur joyeux de bonpatriote. Quek désanchentementpar la suite.

Merci et vises
hélène

Écrit par : hélène | 24/11/2013

Les premières difficultés pour ces soldats, mais ils ne savaient pas qu'ensuite ce serait l'enfer...
Merci pour cette transcription.
Bonne fin de journée, amicalement,
Gérard.

Écrit par : CHAP | 24/11/2013

C'est très émouvant de lire ce témoignage de ton Grand-Père - écrit avec maîtrise, simplicité et bon ordonnancement.

Henri Barbusse, en 14, n’avait pas encore écrit «Le Feu» - qui ne le sera qu’en 15 – et ne sera publié sous forme de feuilleton dans un journal qu’à partir de fin 1916 – Le prix Goncourt lui sera d’ailleurs attribué rapidement. (je suis sûre que tu me pardonneras ce côté docte certainement dû à l'émotion).

«Ce serait un crime de montrer les beaux côtés de la guerre, même s'il y en avait !» écrit Henri Barbusse

Ils sont partis donc…, gonflés de tout ce que l’être humain sait produire d’adhésion à ses mirages.

Comme pour tout ce qui est destructeur, il aura donc fallu «goûter» de cette «saloperie» pour que la conscience vienne à chacun.

Tous les témoignages sur cette guerre nous sont très précieux parce qu’il nous faudrait réellement entretenir la conscience de ce mal là. Savoir. Toujours savoir.

Cultiver un peu plus de modestie afin de ne pas prendre des vessies pour des lanternes et la folie d’une institution criminelle pour une œuvre de charité.

Merci à toi pour le témoignage de ton Grand-Père qu’on ne peut lire qu’avec beaucoup d’émotion.

Bises

Écrit par : Monique C | 24/11/2013

Les commentaires sont fermés.

 
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